Radiohead, la tête dans les cimes

Sans rentrer dans le débat aporétique sur les – récentes – conditions d’autodiffusion de leurs albums (téléchargement de fichiers numériques ou achat d’un packaging plus fourni mais plus onéreux), la sortie d’une nouvelle production de Radiohead relève depuis quelques années d’un mini-évènement dans le monde aussi consensuel qu’impitoyable de la musique. Et nul doute que ce huitième album studio alimentera encore une fois la critique.

Une première écoute nous emmène en effet plutôt du côté de Kid A (vivement décrié à l’époque avant d’avoir été réévalué par la suite) que du dernier In rainbows, plus immédiat. L’album s’ouvre sur deux titres (Bloom et Morning Mr Magpie) dont les rythmiques lorgnent du côté de l’Afrobeat auquel on aurait injecté une petite dose d’Autechre. La voix de Thom Yorke apparaît étrangement mature et maîtrisée alors que les mélodies, a priori peu évidentes, révèlent quelque chose d’étrangement hypnotique.

Mais le groupe ne se cramponne heureusement pas à cette simple approche faite d’expérimentations électroniques ou autres ; les morceaux suivants, sans être de vulgaires copies, renouent clairement avec une certaine manière de faire des boys d’Oxford. Ainsi Little by little se veut un proche parent de I might be wrong alors que Codex et sa ligne de piano dépressive rappellent inévitablement Pyramid song. Petit détour par la case départ même avec Give up the ghost qui sonne comme un titre de the Bends remis au goût du jour.

Comme le dévoile le premier single extrait de l’album (Lotus flower), Radiohead s’est voulu économe en guitare alors que basse et programmations diverses prennent cette fois le dessus. Ce choix n’est pas sans rappeler l’évolution voulue lors de la sortie de Kid A qui avait alors conditionné l’orientation plus électro du groupe. Mais ce qui rend King of limbs si homogène au final ce sont sans doute ses textures organiques faites de petits accidents électroniques ou acoustiques qui donnent au titre de l’album un sens métaphorique nouveau.

Avec ce King of limbs, Radiohead semble avoir digéré d’une seule traite Robert Wyatt, Marvin Gaye ou encore Tony Allen pour se réinventer, une fois encore, une musique pop hybride, singulière et énigmatique.

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