Thiéfaine, poète-menteur

Si l’on excepte sa collaboration avec Paul Personne (Amicalement blues), il aura fallu patienter près de 6 ans pour qu’Hubert-Félix Thiefaine donne une suite à son Scandale mélancolique. Le Jurassien revient avec douze titres ornés de ses plus beaux mots et de mélodies tout aussi charmeuses. De quoi alimenter quelques mensonges de plus.

Si sa plume semblait s’être quelque peu émoussée sur son opus précédent, l’ami Thiéfaine a pris soin d’affuter la pointe de son stylet pour ciseler de nouveaux poèmes chantés plein de promesses et d’un spleen à faire rougir Baudelaire. Les années sont là et la fureur qu’on lui a connue laisse place à une nostalgie que les plus jeunes ne peuvent pas encore envisager. Le refrain du titre « Petit matin 4.10 heure d’été » (« je rêve tellement d’avoir été, que je vais finir par tomber ») résume à lui seul l’esprit général de l’album. Un coup d’œil dans le rétroviseur et la mélancolie s’installe.

On pourrait croire que HFT nous signe son album testament, le constat de plus de trente années de carrière. Mais une fois la première écoute digérée, cette première impression funeste s’estompe à la faveur de quelques soubresauts qui ne sont pas sans rappeler certains morceaux qui ont fait la renommée du bonhomme. Ainsi « Ta vamp orchidoclaste » pourrait avoir été écrit à l’époque de Soleil cherche futur alors que « Lobotomie sporting club » s’inscrit en droite ligne dans la veine des titres socialement cyniques et acides du sieur Thiéfaine.

Tout en noirceur propre au poète, ce nouvel album est traversé par les thématiques de prédilection du chanteur (l’amour vain, la mort, la nostalgie du temps qui passe,…) où, une fois de plus, les références – littéraires et autres – sont légion. Tout au long du livret qui accompagne l’album, il égraine par ailleurs des citations de Catulle, Tolstoï ou encore Bob Dylan. Les influences du Jurassien brassent large, on le sait et on s’en réjouit d’autant plus. Si Hubert-Félix signe comme à son habitude tous les textes de l’album, il laisse la composition à d’autres (il signe tout de même trois des compositions). On retrouve donc ici JP Nataf (qui avait déjà signé des musiques de Scandale mélancolique), Arman Mélies, Ludéal ou encore Dominique Dalcan.

Produit par Edith Fambuena et Jean-Louis Pierot (ex-Valentins) ces Suppléments de mensonge, bien qu’emprunts d’une mélancolie toute Thiéfainienne, ont le bon goût de ne pas engourdir l’auditeur en proposant en alternance titres pop-rock et ballades nostalgiques ou espiègles. Même s’il regarde de plus en plus par dessus son épaule, le chanteur/poète n’a pas encore fini de ravir son public avec son verbe tantôt rageur tantôt feutré.

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2 commentaires pour Thiéfaine, poète-menteur

  1. Nanougdr dit :

    Trés bonne nouvelle, merçi!

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