De l’oie blanche au cygne noir

S’il est bien un dénominateur commun à tous les films d’Aronofsky, c’est l’amour et le dévouement qu’il porte à ses personnages. Comme le dit si bien l’adage populaire, qui aime bien châtie bien. Jamais dicton n’aura trouvé plus bel emploi que dans les films du cinéaste américain.

Avec cette nouvelle réalisation, Aronofsky suit la même voie que celle tracée avec the Wrestler, à savoir l’implication – physique et psychologique – d’individus (métaphoriquement on pense avant tout aux acteurs) pour leur passion ou leur gagne-pain. Quand the Wrestler suivait un Mickey Rourke vieillissant et en perte de vitesse, Black Swan emprunte le chemin inverse et capte la métamorphose d’une jeune fille en pleine éclosion.

La danse ou le catch, ou comment deux ballets symbolisent l’épanouissement ou la déchéance. La vie et la mort, pulsions fondamentalement indissociables, parasitent l’esprit, et le corps, véritable outil à vocation créatrice/destructrice, capte dans sa chair toute cette souffrance. Muscles saillants ou pieds meurtris, autant de symboles de ces forces motrices qui, sous le regard d’Aronofsky, deviennent des stigmates, des plaies béantes par lesquelles suintent tout le fiel de l’accomplissement et du devenir.

Comble de la psychose, le cinéaste agrémente ici sa réflexion d’un élément supplémentaire: le dédoublement. Cygne blanc ou cygne noir, beauté virginale ou érotisme vampirique, Natalie Portman vit charnellement ce passage entre deux âges tant antagonistes que complémentaires. Quelques jeux de miroir subtils et efficaces, une musique adéquate que relèvent quelques effets sonores fort à-propos ont vite fait de matérialiser, de souligner les troubles de l’actrice. Avec grâce et maîtrise (qui se muera en abandon), elle incarne avec majesté cette transformation violente. Ce passage obligé, cet accomplissement est perçu comme un acte individuel et passe obligatoirement par l’affranchissement. La figure maternelle symbolise ici les conventions, le passé, en somme tout ce qu’il convient de rejeter afin de mener l’épanouissement à son terme.

The wrestler avait quelque peu divisé la critique, certains n’y voyant qu’une sacralisation  d’un   Mickey Rourke décrépi, niant par la même occasion la portée plus universelle du discours. Paradoxalement Black Swan, bien que structurellement semblable, évite ces mêmes critiques, sans doute grâce au rapprochement moins évident entre Natalie Portman et son rôle. Quoiqu’il en soit, la thématique du double, parfaitement exploitée, induit de manière plus évidente à une réflexion sur générale sur l’implication personnelle dans l’incarnation d’un rôle au cinéma.

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