Le jour où tout a changé (ou presque)

À la fois miroir de notre société, vitrine sociopolitique et instrument critique/propagandiste, le cinéma a, de tout temps, cristallisé et reflété l’image du monde qui le nourrit. Qu’ils soient mis au service de la sacrosainte Nation ou au contraire pour sermonner leur Mère patrie, les studios hollywoodiens font partie intégrante de l’histoire du pays qu’ils reflètent ou rejettent.

Du 10…

Le cinéma américain de la fin du dernier millénaire nous a servi, on s’en souvient, bon nombre de films catastrophe aux scénarios aussi minces que l’idéologie qu’ils sous-tendaient. De Godzilla (1999) à Independence day (1996) en passant par Armageddon (1998), les Etats-Unis ont été confrontés à de nombreuses catastrophes, « naturelles » ou pas, toujours en se relevant dans l’habituelle liesse  nationale, baignée de bons sentiments et d’accolades viriles. Les figures héroïques étaient bien là, prêtes à l’emploi, formatées et coulées dans le moule de la désinvolture la plus arrogante.

… au 12 septembre

Après les évènements du 11 septembre, tout allait changer. Comme s’il avait trop joué avec ces catastrophes factices et plus farfelues les unes que les autres, le cinéma se réveille groggy. Rien n’avait préparé le pays à ça. Les Etats-Unis, pour la seconde fois de leur histoire (soixante ans après Pearl Harbor), allaient être frappés en leur sein de manière inattendue et imprévisible. Victime passive et abasourdie par la soudaineté du drame, la nation voit sa toute-puissance et son aura quasi divine anéanties. Comme tout deuil qui se respecte, cette tragédie va être accompagnée de réactions aussi vives que variées; déni, colère, abattement,…

La première réaction, imputable à la surprise des évènements, fut la pudeur et une forme de honte. L’exemple du Spider-man de Sam Raimi (sorti fin 2001) en est l’illustration la plus criante : une séquence entière du film (ou l’homme-araignée tisse une toile entre les tours jumelles) fut purement et simplement retirée du montage final !! La plaie était bien trop profonde et récente pour y remuer le couteau d’un si douloureux souvenir.

Cette pudeur sera tenace, peu de films prenant le parti de parler des attentats ou de montrer Ground zero ou les défuntes tours. Parmi ces exceptions, il convient de citer Vol 93 (2005) de Greengrass  qui prend le parti de glorifier les passagers héroïques du vol en question en livrant une fiction stylisée en docu-fiction, prenant soin de combler les vides documentaires à sa façon. Dans son Land of plenty (2004), Wim Wenders clôt son film sur un plan de Ground zero où ses personnages se retrouvent comme pour évoquer une Amérique changée à jamais. La palme du film racoleur et tire-larmes revient cependant à Oliver Stone qui, avec le sobrement nommé World trade center (2006), filme le courage de ces sauveteurs qui ont péri pour la communauté. Amérique quand tu nous tiens… Rappelons à toute fin utile, que le film précédent du cinéaste (Alexandre, 2004) voit le conquérant – et larmoyant – Colin Farrell pacifier les barbares d’Orient sous le couvert d’une unification humaniste et morale…

Outre ces quelques – rares – exemples, Hollywood préfèrera user de métaphores ou d’allégories pour soulager sa peine. Ainsi La guerre des Mondes (2004) de Spielberg et son invasion surprise par des aliens « dormants » sur terre depuis des années a de quoi interpeler. Filmé à hauteur d’hommes hurlants leur désarroi, il n’est pas sans rappeler les images d’archives prises lors de la chute des tours. Avec son Cloverfield (2008) tourné en caméra subjective, Matt Reeves se souvient lui aussi à sa façon des évènements du 11 septembre en montrant une catastrophe comparable filmée « de l’intérieur ».

We do need other heroes !

Le cinéma américain du nouveau millénaire est marqué par le retour en force des super héros et autres mutants. Heureux hasard ? Pas si sûr. L’une des premières scènes du Superman returns (2005) de Bryan Singer, voit l’Homme d’acier empêcher le crash d’un avion de ligne. Coïncidence ? Peut-être. Mais la figure moderne du super héros est bien moins manichéenne et omnipotente qu’elle ne l’a été par le passé. Christopher Nolan revisite l’emblématique Batman en mettant en avant son âme torturée (l’Amérique qui doute et se remet en question) et en réussissant avec Dark Knight (2008) un film tendu et puissant sur le terrorisme et les réponses qu’on lui donne.

La série Heroes (2006 à 2010) ou la franchise X-men, traitent quant à elles d’un autre aspect de la chose et questionnent sur la société pluriculturelle et l’acceptation de l’autre. Il existe effectivement de bons et de mauvais mutants, tout comme il existe de bons et de mauvais Musulmans. L’idée est simple, mais il fallait y penser.

Adapté d’un roman graphique à succès, Watchmen (2009), malgré les trente ans d’âge de l’histoire, garde toute sa pertinence. Qui regarde les Gardiens ? Tel est le slogan du film. Vous avez dit pertinent ? Outre cette mise en garde, le film exhibe sans fausse pudeur une Amérique (et ses héros) désabusée. Fini l’héroïsme cynique de l’ère Reagan/Bush. L’heure n’est plus à la gaudriole. It happens !

L’Amérique semble fatiguée et sonnée à l’image de Randy « the Ram » incarné par Mickey Rourke dans the Wrestler (2008). Cette ancienne star des rings des années 80 traine à présent sa carcasse comme un poids mort, comme les Etats-Unis leur gloire passée.  En mettant lui aussi « ses » personnages en scène, Clint Eastwood propose avec Gran Torino (2008) une sorte de rétrospective de ce qu’ont représenté les Etats-Unis aux yeux du monde ; cynisme, manichéisme et violence.

A new beginning ?

Dix ans après les évènements, la cicatrice semble encore bien présente. Le sujet n’est certes plus tabou, mais la renaissance parait douloureuse. À l’image de la trilogie Jason Bourne, le pays met du temps à retrouver ses esprits et sa mémoire. Entre course poursuite et fausse vérité, le chemin parait semé d’embûches.

Mais le renouveau se bâtit inévitablement sur des ruines, sur la destruction d’un passé révolu. Ou sur une terre nouvelle et prospère comme le suggèrent Avatar (2010) ou plus récemment encore la série Terra Nova produite par Steven Spielberg.

Si les Etats-Unis tentent de se retrouver un fond de moralité (voir Fair Game ou Green zone), les rangs se reforment (autour des Avengers, illustres figures d’un passé glorieux) et l’abattement des premiers instants laisse doucement la place à une mobilisation nouvelle de la Nation (le tout récent Cowboys et envahisseurs en est un exemple criant). Tel le phoenix, les Etats-Unis renaisse petit à petit de leurs cendres et compte bien prouver au monde qu’il faudra encore compter avec eux.

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