Incendies, logique de l’instinct

Les mathématiques passent – à tort – pour être un langage universel. Mais, en leur qualité d’outil d’objectivation, elles amènent inévitablement leur pierre à l’édifice d’une perception du réel environnant. Conjectures, démonstrations, équations sont autant d’outils rationnels qui nous induisent aux questionnements sur les certitudes du quotidien.

Mais pourquoi diable parler de mathématiques ici ? Peut-être parce-que sous les évidences se tapissent des cheminements nébuleux ou purement intuitifs. Peut-être encore parce-que derrière les symboliques (grossières ou subtiles) vivotent de précieux trésors.

Incendies cultive cette ambivalence disons classique. Cette adaptation d’une pièce de théâtre ne cache en rien ses origines tragiques. Certes le cinéma se réapproprie la dramaturgie originelle pour l’adapter à ses propres codes formels, mais l’intention reste intacte. La dimension mythologie est conservée, le drame reste entier.

Il y a bien quelque chose de primitif dans cette quête familiale cruelle. Une symbolique parfois appuyée, des effets prévisibles et une histoire – bien que peu banale – mineure. C’est oublier un peu vite la forme première de l’œuvre : la tragédie. Si le théâtre ou le cinéma sont actuellement perçus comme du divertissement, la tragédie classique, elle, se voulait avant tout moralisatrice et pédagogique. En mettant en scènes des bouts de mythologie connus de tous où de pauvres mortels étaient soumis à des forces qui les dépassent, elles se devaient « d’éduquer » le bon peuple aux principes élémentaires de moralité.

On retrouve dans le film de Villeneuve toute cette dimension morale et fataliste (bien que moins scolaire) drapée dans un manteau de conventions stylistiques. Mais la vraie valeur d‘Incendies se cache derrière ces murs d’évidences. Dans des yeux, sur des visages. Dans la valeur secondaire de symboles parfois platement alignés (un crucifix n’est-il que le symbole d’une appartenance religieuse ?).

Une scène a priori inutile nous en dit long sur ce symbolisme de façade. Conjecture. Le mot est lancé. Dans son sillage il annihile toute possible banalisation du propos qui s’annonce. Le propre de la tragédie est de masquer la finalité voulue par d’évidents artifices. Loin d’être inutiles, ils s’avèrent trop présents pour être ignorés, mais sémantiquement trop riches pour être perçu dans leur entièreté.

Denis Villeneuve l’a bien compris. Chaque séquence révèle, pour qui prend la peine et temps de s’y arrêter, d’infinis sentiers de réflexion et d’émotion. La force de son film vient finalement bien plus de son statut d’objet d’interprétation. À l’instar des mathématiques, une fois les conventions formelles maitrisées, le plus dur est d’acquérir l’instinct et l’intuition nécessaires au dépassement de la trivialité apparente.

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