Le mystère de la chambre 237

Au départ de ce présent documentaire un film qui, avec les années et l’aura de son réalisateur, a suscité autant de fascination que de fantasmes : The Shining.

Quand il décide d’adapter le livre éponyme de Stephen King, Stanley Kubrick a déjà derrière lui une filmographie qui impose autant de respect que d’admiration. Cinéaste méticuleux et perfectionniste, Kubrick donne de lui l’image d’un créateur omnipotent et omniscient, attentif au moindre détail. Un auteur, un vrai pour qui le cinéma n’est pas que posture et divertissement, mais surtout et avant tout un canal de transmission artistique.

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Cette réputation couplée au rendu tant labyrinthique que foisonnant de l’adaptation ont fait naître autour du film une kyrielle d’interprétations, de (re)lectures parfois pertinentes mais souvent délirantes. C’est autour de quatre visions de « Shinologists » (néologisme que l’on doit au New York Times) que Rodney Ascher construit son documentaire.

Ce n’est pas tant la valeur congrue de ces interprétations qui importe ici, mais bien ce qu’elles révèlent. Qu’il s’agisse de voir dans Shining une métaphore du génocide indien, de l’Holocauste ou d’un quelconque complot américain n’a finalement que peu d’importance, la seule personne pouvant corroborer ces dires n’étant plus là pour en parler. Non. Ces démonstrations interprétatives agissent comme un révélateur non pas du film mais, au minimum du travail du réalisateur voire même du Cinéma en tant qu’Art.

Tous les intervenants partent du même postulat : Stanley Kubrick, en cinéaste de génie qu’il était, avait un contrôle total sur ses films. Aucune place au hasard – heureux ou malheureux – dans la composition de ses plans, dans le mouvement des acteurs ou du montage des séquences. Si l’on peut décemment penser que Kubrick était pointilleux dans la construction formelle qu’il donnait à ses films et à la place qu’il réservait à la symbolique, certaines « découvertes » apparaissent néanmoins comme farfelues et suscitent inévitablement plus de sourires que de réflexions. Mais bien malgré elles, ces suppositions soulèvent leur lot de questionnements sur la valeur intrinsèque des symboles, leur portée réelle et la part de subjectivité qu’on y projette.

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Ici les intervenants n’apparaissent jamais à l’écran. Le documentaire est construit comme un assemblage de séquences du film entrecoupées d’extraits d’autres œuvres cinématographiques, principalement de Kubrick, qui rythment la narration fragmentée de Room 237. Cette mis en place formelle révèle plus d’intérêt qu’il n’y parait : bien plus qu’un décryptage objectif de Shining, ce que le réalisateur nous propose est avant tout une plongée dans l’inconscient créatif du cinéaste, une sorte de mise en abyme grandeur nature.

Au final, Room 237 traine dans son sillage plus de questions que de réponses : peut-on – ou doit-on – « craquer » tous les codes du film ? A quelle(s) fin(s) ? Peut-on réellement apprécier le film sans percer à jour toute sa symbolique ?  Mais peut-être est-ce là la volonté de Kubrick : questionner le public et le pousser à réinventer la réalité qu’il perçoit.  Car le cinéma ne doit pas être une prison, mais à l’inverse un stimulateur de perception.

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